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BpA, ce plastique est diabolique

Depuis le dimanche 13 juin 2010, 90 % des biberons sont sommés de tirer leur révérence. Ils ne toucheront jamais les lèvres de bébé. Le Parlement a voté à l’unanimité la suspension de la fabrication, de l’importation, de l’exportation et de la mise sur le marché de biberons conçus à base de bisphénol A (BpA) lors d’une séance à l’Assemblée nationale. Les parlementaires désavouent ainsi les propos de Roselyne Bachelot considérant en 2009 « qu’en l’état actuel de la science, le BpA ne pose pas de problème ». La France rejoint ainsi le camp des États qui ont choisi de biberonner sainement, comme le Canada depuis 2008. « En votant l’interdiction du bisphénol A dans les biberons, les députés ont clairement reconnu que le BpA était bien une substance chimique dangereuse pour la santé, se réjouit le Réseau environnement santé, mais ils se sont curieusement arrêtés au milieu du gué. »

« Comment expliquer qu’il faut protéger les bébés nourris au biberon et ne pas se soucier de ceux nourris au sein maternel, alors que le lait maternel est plus contaminé que le lait passé au biberon ? La seule décision logique est d’interdire le BpA dans les contenants alimentaires pour éliminer la contamination maternelle. » Car aujourd’hui, le BpA est présent partout, non seulement dans les biberons mais aussi dans le petit électroménager de cuisine, les récipients en plastique pour micro-ondes, les bouteilles d’eau réutilisables, le revêtement des boîtes de conserve et des canettes. Le BpA est également présent dans les pare-chocs, les lunettes, les CD, les tickets de caisse, les ciments dentaires…
Trois millions de tonnes de BpA sont produites chaque année dans le monde. Difficile donc pour les jeunes mamans de passer à côté de la molécule. D’autant que des études ont montré qu’à force d’être utilisée et produite, on la retrouve aussi dans les rivières, l’eau de mer et même dans l’air.

Il mime l’action des œstrogènes

Le BpA, bisphénol A pour les littéraires, 4,4’-(propan-2-ylidène)diphénol ou p,p’-isopropylidènebisphénol pour les scientifiques est un composé chimique fréquemment utilisé pour la fabrication de plastique dur de type polycarbonate et de résines époxy qui forment notamment le revêtement des boîtes de conserve et des canettes de boisson. Il appartient à la famille des composés organiques aromatiques et sa structure chimique se trouve assez proche de celle des œstrogènes.
Et c’est là tout le problème car le BpA est un leurre hormonal, capable de mimer le comportement des hormones sexuelles féminines, en particulier l’œstradiol et de perturber ainsi les fonctions de reproduction, mais aussi le développement d’organes majeurs comme le cerveau ou le système cardiovasculaire. Ce qui est particulièrement inquiétant au stade prénatal et chez les nourrissons, au moment où tout se met en place. Résultat, des petites filles de 2 ans se retrouvent avec des seins, de plus en plus de garçons naissent avec des micro-pénis. Et les cancers du sein comme de la prostate se multiplient.

La tétée de tous les dangers

Près de 800 études font état aujourd’hui de la dangerosité du BpA et montrent que l’exposition hormonale pendant la grossesse produit des effets irréversibles. La plupart des recherches ont été menées sur des souris ou des rats. Elles démontrent que l’exposition prénatale au bisphénol A sur les rongeurs entraîne une puberté précoce, un élargissement de la prostate, des malformations des ovaires, une diminution de la production de sperme, une altération du cycle menstruel, un accroissement de la propension au cancer de la prostate et du sein. Que le BpA favorise l’obésité, des troubles du comportement, des pertes d’attention, une diminution de la fertilité et de la fécondité.
Les publications des scientifiques Ana Soto et Carlos Sonnen-schein de l’université de Boston mettent en évidence que « ces effets observables au niveau expérimental chez l’animal commencent aussi à l’être chez les humains (des études épidémiologiques commencent à montrer le lien entre obésité et substances chimiques notamment), d’autant que les rongeurs comme les humains sont des mammifères. »
D’ailleurs, d’autres études menées chez l’homme corroborent les résultats des deux chercheurs. Elles montrent un taux plus élevé de fausses couches chez les femmes les plus imprégnées. Et prouvent, de façon très significative, « que plus l’imprégnation d’une population en BpA est forte, plus le taux de maladies cardiovasculaires, de diabète et d’atteinte hépatique est élevé ».

Quand l’histoire se répète

Les effets du BpA rappellent la triste histoire du Distilbène. Dans les années 1960, 1970, pour limiter les fausses couches, un œstrogène de synthèse (le Distilbène) était administré aux femmes sujettes aux grossesses à risque. Si elles ont pu mener leur grossesse à terme, elles ont aussi empoisonné leur fœtus. Leurs enfants exposés au stade fœtal à ce médicament ont connu de nombreuses malformations et une proportion de cancers des organes génitaux importante. Les chercheurs d’aujourd’hui ne veulent plus revivre cette situation.
Il y a quarante ans, les effets du Distilbène ont été observés d’abord chez les humains et vérifiés ensuite chez les rats. Avec le BpA, c’est un peu l’histoire inverse. Les spécialistes prouvent aujourd’hui que la substance est dangereuse chez les rongeurs mais ne souhaitent pas attendre vingt-cinq ans pour confirmer ces thèses sur la population humaine. Mais le message a beaucoup de mal à passer du côté des agences sanitaires.

Non-assistance à personnes en danger

Pendant plusieurs années, de Paris à Washington, les institutions n’ont pas voulu prendre la mesure du problème. Heureusement, une prise de conscience semble s’esquisser. La Food and Drug administration (FDA) qui en 2008 considérait le BpA sans danger est récemment revenue sur sa position citant récemment de nouvelles études concluant à « des effets potentiels sur le cerveau et sur la prostate des bébés et des fœtus ». La FDA a également poussé les industriels à bouder le BpA dans les contenants alimentaires pour bébés. Elle souhaite par ailleurs que la substance ne soit plus utilisée dans les revêtements intérieurs des boîtes de conserve. En France, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) est plus laborieuse. Jusqu’au 5 février dernier, la ministre de la Santé clamait haut et fort l’innocuité du BpA. Jusqu’à ce que l’Agence apporte un bémol à ces affirmations en disant constater des « effets subtils » sur le comportement de jeunes rats exposés in utero. Dans son avis du 2 mars 2010, l’AFSSA reconnaît enfin que « la phase du développement du système nerveux et du système reproducteur qui s’étend depuis l’exposition in utero (via la femme enceinte) jusqu’à l’âge de 3 ans constitue la période critique d’exposition au bisphénol A » mais estime quelques lignes plus loin que « les études de toxicité du bisphénol A administré durant la période périnatale des rongeurs (durant la gestation et pendant l’allaitement jusqu’au sevrage) qui ont été menées selon les normes internationales n’ont jusqu’à ce jour pas objectivé de risque pour la santé aux doses auxquelles le consommateur est exposé ». Un étrange pas de deux employé surtout pour ne pas perdre la face et discréditer publiquement Roselyne Bachelot.

Au niveau européen, c’est l’hypocrisie qui l’emporte. Le BpA ne fait pas partie des substances prioritaires de la réglementation européenne sur les produits chimiques – REACH – et se dispense donc de procédure d’autorisation. Et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) se fiche publiquement du monde. Elle s’est engagée à étudier toute la littérature sur le sujet mais a assuré qu’elle maintiendrait la dose journalière admissible (DJA) à 0,05 mg/kg de poids corporel quelles que soient les conclusions des études.

Overdose de mensonges

« Fixer une dose journalière tolérable est parfaitement obsolète, s’insurgent les scientifiques du Réseau environnement santé, car le BpA agit à très faible dose sur le développement des organes, de façon irréversible. Ce qui est en jeu ici ce n’est pas la dose mais la durée d’exposition. » Car cette substance se cumule aussi avec toutes les autres que nous ingurgitons et le cocktail devient explosif. « Deux publications récentes sont démonstratives à cet égard, confirme la Coordination nationale médicale santé environnement engagée dans la lutte contre le BpA. La première (parue dans Life Science en 2009) a observé l’exposition au BpA en période périnatale de rates en gestation. Les rats descendants de cette portée ont une altération des récepteurs stéroïdiens testiculaires, et ce sur trois générations. La détérioration de la fertilité est donc transmise ici de façon transgénérationnelle. Ce résultat est d’autant plus alarmant que la dose d’exposition des rates était entre 20 et 40 fois moindre que la DJA retenue par l’AFSSA. » « L’autre publication récente, poursuivent les spécialistes, émane d’une équipe de l’INRA de Toulouse. Les auteurs ont administré par voie orale de faibles doses de BpA à des rates, doses dix fois inférieures à la DJA. »
L’étude menée chez le rat et sur des cellules intestinales humaines en culture a montré que le BpA diminuait la perméabilité de l’épithélium intestinal. Les chercheurs ont également démontré chez des rats nouveau-nés qu’une exposition au BpA – in utero et pendant l’allaitement – augmentait le risque de développer une inflammation intestinale sévère à l’âge adulte. « Ces travaux illustrent la très grande sensibilité de l’intestin au bisphénol A et ouvrent de nouvelles voies de recherche y compris en vue de définir de nouveaux seuils acceptables pour ces molécules », souligne l’INRA. Pour les scientifiques anti-BpA, il n’y a pas à tergiverser. Il faut réduire d’un facteur de 50 000 la dose journalière admissible. En d’autres termes, supprimer totalement le BpA dans les plastiques alimentaires. Le Japon, le Canada et les États-Unis se sont déjà engagés dans cette voie. Et si pour une fois, l’Hexagone leur emboîtait le pas ?

Comment faire la nique à ce plastique ?


10 Petits conseils entre amis

  1. Stocker la nourriture dans des bocaux en verre, en céramique ou dans des contenants à base d’acier inoxydable. Ce n’est pas moins pratique mais c’est plus joli sur les étagères.
  2. Si vous ne pouvez vous en passer, choisissez les plastiques les plus sûrs. La marque Tupperware assure ne pas utiliser de plastique contenant du BpA. Sinon, repérez les récipients aux codes de recyclage suivants : n° 2 polyéthylène de haute densité ou HDPE, n° 4 polyéthylène de basse densité ou LDPE, n° 5 polypropylène ou PP. Dans tous les cas, prenez soin d’éviter les plastiques en polycarbonate (PC) autant que possible.
  3. Évitez scrupuleusement les plastiques avec les codes de recyclage n° 1 (contient des phtalates), n° 3 et n° 6 (qui peuvent relarguer du chlorure de vinyle et du styrène) et n° 7.
  4. Ne chauffez pas la nourriture dans des contenants en plastique. Le BpA migre plus facilement vers les aliments lorsqu’il est chauffé. Terminée la boîte de conserve au bain-marie ou le petit pot en plastique du petit dernier réchauffé au micro-ondes. Pour conserver vos restes, attendez qu’ils aient refroidi avant de les verser dans un récipient en plastique (et préférez un saladier en verre avec une assiette comme couvercle).
  5. Préférez les aliments sans emballage plastique (fromage, viande, snack)
  6. Scrutez les étiquettes pour repérer les produits sans BpA.
  7. Et lorsque vous ne trouvez aucune indication, contactez les fabricants pour savoir de quoi ils sont faits.
  8. Demandez à votre dentiste d’utiliser des résines dentaires qui ne contiennent pas de BpA.
  9. Protégez les plus petits. Minimisez l’exposition des nouveau-nés et des jeunes enfants. Pour les biberons, choisissez des modèles sans BpA (de plus en plus courants), apprenez-leur rapidement à boire au verre (et non dans une timbale en plastique).
  10.  Enfin, si vous allaitez, bannissez tous les plastiques autour de vous.

 

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