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    Il n’y a pas que le steak dans l’assiette !

    Depuis quelques décennies, notre consommation de viande a triplé et notre rapport aux animaux a changé. Ce n’est pas sans incidence sur notre santé.

    Ce n’est pas une histoire très drôle. Quand, en 1834, le physicien André-marie Ampère invente le mot « zootechnie », il n’en mesure pas encore les conséquences. Et pourtant ! Quelques années plus tard, l’un des premiers spécialistes français de l’élevage, Martial Laplaud, écrit tranquillement : « la zootechnie a pour but d’enseigner la théorie et la pratique des moyens de gagner de l’argent avec les animaux domestiques ». Voilà qui est franc. Mais il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que de jeunes techniciens et ingénieurs – pour la plupart salariés de l’INRA, fondé en 1946 – décident de « dynamiter » l’agriculture française. Le retour de De Gaulle au pouvoir en 1958, et le soutien indéfectible d’Edgarg Pisani, son ministre de l’agriculture, vont enfin ouvrir la voie aux « fermes » hors-sol et aux élevages concentrationnaires. En seulement quelques décennies, le lien immémorial entre les hommes et les bêtes a été ainsi rompu. Il ne s’agit pas de prétendre que le passé était beau et sage avec les animaux. Simplement, les animaux restaient animaux, quel que soit leur destin, des êtres vivants et sensibles auxquels on ne demandait pas d’être de la marchandise, jambons sous cellophane et autres nuggets de poulet.

    Il n’y a pas que le steak dans l’assiette !

    « SUIVEZ LE BŒUF !»

    Les temps ont changé et, chaque année en France, nous tuons plus d’un milliard d’animaux d’élevage. Ou plutôt, nous les faisons abattre par des ouvriers d’abattoir dont nous ne voulons surtout pas entendre parler. Souvent payés au Smic, ils sont victimes d’un grand nombre de maladies professionnelles liées à la prolifération de bactéries et aux risques infectieux. Sans compter les mutilations. Quant à nous, qui nous « contentons » de manger, l’addition est lourde directe et salée. A coup de campagnes publicitaires étendues sur des décennies – la première, dans les années soixante, s’appelait « Suivez le bœuf » -, l’Etat est parvenu à ses fins. Résultat : notre consommation de viande a triplé depuis l’avant-guerre. Un signe de bonne santé ? Bien au contraire. Des études parues dans les meilleures revues scientifiques de la planète s’accumulent et pointent des liens entre forte consommation de viande – rouge surtout- et maladies souvent graves. Obésité, diabète, infarctus et affections cardio-vasculaires, voire certains types de cancers. En décembre 2007, les résultats d’une étude portant sur 500 000 personnes ont été publiées dans PloS Medicine, magazine scientifique de référence aux Etats-Unis. Sans appel : les gros mangeurs de viande rouge et de charcuterie ont plus de risques de développer un cancer colorectal ou des poumons – lié au mode de cuisson au gril -, mais aussi de la prostate. Elle est en outre associée à un risque de cancer de l’œsophage et du foie, alors que les charcuteries et viandes fumées atteignent la vessie et les os. Sur un plan général, le débat scientifique porte désormais sur la quantité de viande à ne pas dépasser. L’une des autorités officielles françaises en la matière, l’Institut national du cancer (INC), a provoqué en février 2009 un beau charivari en recommandant aux gros mangeurs de viande rouge et de charcuterie de limiter leur consommation. En soulignant notamment que le risque de cancer colorectal était augmenté de 29% par portion de 100 grammes de viande rouge consommée par jour. Parallèlement à l’impact sur notre santé, cette surconsommation a d’autres conséquences. Derrière la production de viande, il y a l’industrie mondialisée de l’élevage. Laquelle repose en Europe, et surtout en France, sur l’importation massive de soja transgénique – des millions de tonnes chaque année dans l’Hexagone -, qui apporte aux animaux leur ration de protéines.

    STEAK OUT

    Le soja est très efficace, très bon marché, mais incroyablement destructeur sur l’environnement. Dans des pays où il y a peu, il était inconnu – Argentine, Paraguay, Brésil -, il couvre aujourd’hui des dizaines de millions d’hectares. Mais comme il ne pousse pas encore dans les arbres…il a fallu lui faire de la place, beaucoup de place. Et ce au détriment des petits paysans locaux, installés depuis des lustres sur ces fermes vivrières. Au détriment aussi de la grande forêt tropicale amazonienne et de savanes exceptionnellement riches sur le plan de la biodiversité, comme le Cerrado du Brésil. En divisant la surface de soja transgénique qui nous est réservée là-bas par le nombre de français – végétariens compris -, on obtient exactement 458 m². En d’autres termes, chacun d’entre nous dispose en Amérique du Sud de cette surface de soja OGM, destinée à nourrir notre bétail. A méditer… Et deux interrogations demeurent incontournables. D’abord la famine qui frappe plus d’un milliard d’humains et qui ne peut que s’aggraver à mesure que la demande de viande s’accroît dans les pays dits émergents. On estime qu’il faut de sept à neuf calories végétales pour obtenir une calorie animale. En clair, l’alimentation des animaux requiert des surfaces géantes d’herbes et de céréales. Cela ne peut se faire qu’au préjudice d’une alimentation basée sur les végétaux. On tourne en rond. Ensuite, la question du climat dont on aura tant parlé – en vain ? – à Copenhague. Elle est intimement liée à notre frénésie de consommation de viande. Un rapport de la FAO, (Food Agriculture Organization), publié en 2006 mais passé quasi inaperçu en France, estime « que l’élevage est responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre, soit plus que les transports » : voiture, train, bateau et avion réunis ! Autrement dit, la meilleure façon d’être en bonne santé tout en protégeant la planète, c’est encore de diviser par deux ou trois notre consommation de viande. Est-ce difficile ?

    Christophe CARABIN sur Google+

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